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Les villes qui commandent l’économie mondiale. Évolutions 1978-2014

Si certaines réorganisations des systèmes métropolitains nationaux peuvent être observées, comme aux États-Unis en défaveur de la Megalopolis, globalement la décision économique mondiale reste très concentrée dans les principales localisations métropolitaines : pour près des 2/3 dans seulement 30 aires métropolitaines.

C’est en tout cas ce qui ressort d’une analyse empirique de la localisation du commandement de l’économie mondiale dominante, réalisée par christian Vandermotten sur la base de l’implantation des sièges sociaux des firmes du Top 500 et du Top 2000 en 1978, 2000 et 2014.

La première période 1978-2000 est caractérisée par la tertiarisation de l’économie dominante et l’affaiblissement des États-Unis au profit du Japon, avec une consolidation de la place de l’Europe. La seconde période 2000-2014 est moins caractérisée par un bouleversement sectoriel que par la montée en puissance de la Chine, couplée à la poursuite de l’affaiblissement des États-Unis mais cette fois aussi du Japon.

La position des quatre villes-mondiales classiques ne s’affaiblit au cours de la seconde sous-période que du seul fait de la conjonction du recul global américain et de celui de la part de New York dans les États-Unis. Pour le reste, Londres, Paris et Tokyo consolident leur suprématie dans leurs contextes continentaux et nationaux. Le poids de Beijing diminue en Chine, mais ce phénomène est lié à la montée en puissance de l’économie chinoise et à la généralisation de la privatisation de son économie, initiée au départ des grandes entreprises implantées dans la capitale.

Ainsi, on ne peut pas véritablement observer de déconcentration du commandement économique à l’échelle des grandes métropoles mondiales. Tout au plus peut-on parler dans certains pays de recompositions à l’intérieur des systèmes métropolitains : affirmation de San Francisco et de Seattle aux États-Unis aux dépens de la Megalopolis, de Mumbai en Inde, de São Paulo aux dépens de Rio de Janeiro au Brésil, ou de desserrement marqué de l’aire métropolitaine ultra-dominante, comme en Grande-Bretagne pour Londres ou en Corée du Sud pour Séoul.


Christian Vandermotten, « La localisation du commandement de l’économie dominante », Belgeo , 1 | 2016, mis en ligne le 20 février 2017, http://belgeo.revues.org/18654

Gordel et autres bretelles: Belgeo se penche sur les frontières

Depuis les années 1980, le premier dimanche du mois de septembre, cyclistes et marcheurs s’engagent en famille dans le Gordel (« la ceinture »), une boucle qui matérialise la frontière linguistique et administrative entre la Flandre et Bruxelles-Capitale. D’une lutte symbolique contre l’extension des frontières bruxelloises en territoire flamand, l’événement promeut désormais l’inclusion des personnes et le patrimoine de la ceinture verte de Bruxelles-Capitale.

Les volontés de marquages frontaliers liées à la course sont toujours très présentes malgré le passage au Gordefestival. Certains Gordelaars considèrent réellement l’événement comme un moment de détente, de fête libérant des pesanteurs quotidiennes (Caillois, 1939) (les familles en promenade l’après-midi, les sportifs confirmés). Cependant, dans leur large majorité, les néerlandophones de la périphérie continuent de revendiquer l’importance de cette course dans la délimitation de leur territoire et ainsi de leur identité. Aussi regrettent-ils l’inefficacité de la nouvelle formule pour porter leurs intérêts flamands. La pérennisation du marquage frontalier, au-delà de l’espace-temps de la fête, est pourtant évidente dans les esprits des résidents francophones de cette périphérie.

D’après Clotilde Bonfiglioli, le nouveau Gordelfestival ne convainc finalement aucune des communautés. Les néerlandophones désapprouvent la forte dépolitisation de l’événement. Quant aux francophones, ils dénoncent des opérations de manipulations et de dissimulations d’intérêts communautaires. Les évolutions de l’événement ont renforcé, plus encore, les suspicions de ces spectateurs francophones contraints. Désormais, ce sont donc paradoxalement les francophones qui, par l’organisation de « contre-événements » et par leur opposition mentale à cette manifestation, contribuent le plus à renforcer « l’effet-frontière » du Gordelfestival.


Clotilde Bonfiglioli, « La course de vélo du Gordel autour de Bruxelles-Capitale : matérialisation d’une frontière communautaire ? », Belgeo [En ligne], 2 | 2015, mis en ligne le 30 juin 2015. http://belgeo.revues.org/16508