Archives pour la catégorie Belgeo

La Belgique : nouveaux regards sur un pays en forte mutation

En suivi du Festival international de la Géographie de Saint-Dié-des-Vosges (FIG) d’octobre 2016 qui avait la Belgique comme pays invité et, parallèlement, de la conférence EUGEO2017 des sociétés de géographie européennes se tenant à Bruxelles en septembre 2017, la revue Belgeo de consacre son numéro 2017/4 à la Belgique.

Ce numéro de Belgeo a d’autant plus d’intérêt que les écrits géographiques récents sur le pays sont rares. Or la Belgique a beaucoup changé à la faveur de différentes réformes institutionnelles et des mutations économiques et sociales qui ont frappé la plupart des pays européens. Son image à l’international est très floue et souvent confuse, d’autant plus que les médias ne retiennent souvent que des faits très partiels, voire même partiaux.

Ce numéro rassemble des regards originaux et pertinents sur le pays et sur sa capitale en privilégiant trois grandes thématiques : les mutations économiques, les changements induits par les déplacements des populations et Bruxelles comme pôle culturel et touristique.


Bernadette Mérenne-Schoumaker, « Editorial », Belgeo [En ligne], 4 | 2017, mis en ligne le 09 avril 2018, consulté le 12 mai 2018. URL : http://journals.openedition.org/belgeo/20878

Une géographie sociale de l’enseignement

Le numéro 2017/2-3 de la revue Belgeo est consacré aux relations entre l’enseignement et les territoires. L’enseignement est considéré ici dans une acception large (fondamental, secondaire, supérieur, universitaire). Même si les considérations didactiques ne sont pas totalement absentes, sous la forme de quatre articles traitant de la géographie à l’école, la majorité des textes publiés traitent de la géographie de l’école, par l’étude des spatialités des systèmes éducatifs.

La question du lien entre ségrégation résidentielle et ségrégation scolaire est au cœur des investigations de 13 articles de ce numéro, avec des approches méthodologiques variées (analyses quantitatives, études de cas, approches sociologiques voire ethnographiques … mais aussi des témoignages aux touches parfois très personnelles) menées à des échelles diversifiées (du quartier au cadre national) et sur terrains hétéroclites en Europe et aux États-Unis. Cette diversité permet, dans le cadre d’une lecture transversale des contributions, de progressivement dégager une contextualisation des résultats qui permet de consolider les enseignements que l’on peut en tirer.

Ce numéro de Belgeo ciblait clairement plus une géographie de l’école (par l’étude des spatialités des systèmes éducatifs) que la géographie à l’école (par le biais de l’analyse de pratiques didactiques). Pourtant, les 4 articles présentant des investigations et démarches didactiques soulèvent aussi des questions qui dépassent largement le champ des savoirs scolaires et de la pédagogie, et qui ont dès lors une résonance plus institutionnelle.

Finalement, chaque article de ce numéro de Belgeo apporte son lot d’observations et d’analyses utiles pour mieux comprendre les liens entre enseignement et territoire. Mais la juxtaposition et la confrontation des contributions fait aussi que l’on en apprend plus dans ce numéro thématique sur le rapport à l’espace des systèmes scolaires que la somme des apports des articles pris individuellement. Par ailleurs, tous ces articles ou presque ont un point commun : une approche militante, engagée ou à tout le moins critique.

 


Benjamin Wayens, Pierre Marissal et Bernard Delvaux, « Editorial : Une géographie sociale de l’enseignement », Belgeo [En ligne], 2-3 | 2017, mis en ligne le 21 novembre 2017, consulté le 04 février 2018. URL : http://journals.openedition.org/belgeo/20378

Les villes qui commandent l’économie mondiale. Évolutions 1978-2014

Si certaines réorganisations des systèmes métropolitains nationaux peuvent être observées, comme aux États-Unis en défaveur de la Megalopolis, globalement la décision économique mondiale reste très concentrée dans les principales localisations métropolitaines : pour près des 2/3 dans seulement 30 aires métropolitaines.

C’est en tout cas ce qui ressort d’une analyse empirique de la localisation du commandement de l’économie mondiale dominante, réalisée par christian Vandermotten sur la base de l’implantation des sièges sociaux des firmes du Top 500 et du Top 2000 en 1978, 2000 et 2014.

La première période 1978-2000 est caractérisée par la tertiarisation de l’économie dominante et l’affaiblissement des États-Unis au profit du Japon, avec une consolidation de la place de l’Europe. La seconde période 2000-2014 est moins caractérisée par un bouleversement sectoriel que par la montée en puissance de la Chine, couplée à la poursuite de l’affaiblissement des États-Unis mais cette fois aussi du Japon.

La position des quatre villes-mondiales classiques ne s’affaiblit au cours de la seconde sous-période que du seul fait de la conjonction du recul global américain et de celui de la part de New York dans les États-Unis. Pour le reste, Londres, Paris et Tokyo consolident leur suprématie dans leurs contextes continentaux et nationaux. Le poids de Beijing diminue en Chine, mais ce phénomène est lié à la montée en puissance de l’économie chinoise et à la généralisation de la privatisation de son économie, initiée au départ des grandes entreprises implantées dans la capitale.

Ainsi, on ne peut pas véritablement observer de déconcentration du commandement économique à l’échelle des grandes métropoles mondiales. Tout au plus peut-on parler dans certains pays de recompositions à l’intérieur des systèmes métropolitains : affirmation de San Francisco et de Seattle aux États-Unis aux dépens de la Megalopolis, de Mumbai en Inde, de São Paulo aux dépens de Rio de Janeiro au Brésil, ou de desserrement marqué de l’aire métropolitaine ultra-dominante, comme en Grande-Bretagne pour Londres ou en Corée du Sud pour Séoul.


Christian Vandermotten, « La localisation du commandement de l’économie dominante », Belgeo , 1 | 2016, mis en ligne le 20 février 2017, http://belgeo.revues.org/18654

Gordel et autres bretelles: Belgeo se penche sur les frontières

Depuis les années 1980, le premier dimanche du mois de septembre, cyclistes et marcheurs s’engagent en famille dans le Gordel (« la ceinture »), une boucle qui matérialise la frontière linguistique et administrative entre la Flandre et Bruxelles-Capitale. D’une lutte symbolique contre l’extension des frontières bruxelloises en territoire flamand, l’événement promeut désormais l’inclusion des personnes et le patrimoine de la ceinture verte de Bruxelles-Capitale.

Les volontés de marquages frontaliers liées à la course sont toujours très présentes malgré le passage au Gordefestival. Certains Gordelaars considèrent réellement l’événement comme un moment de détente, de fête libérant des pesanteurs quotidiennes (Caillois, 1939) (les familles en promenade l’après-midi, les sportifs confirmés). Cependant, dans leur large majorité, les néerlandophones de la périphérie continuent de revendiquer l’importance de cette course dans la délimitation de leur territoire et ainsi de leur identité. Aussi regrettent-ils l’inefficacité de la nouvelle formule pour porter leurs intérêts flamands. La pérennisation du marquage frontalier, au-delà de l’espace-temps de la fête, est pourtant évidente dans les esprits des résidents francophones de cette périphérie.

D’après Clotilde Bonfiglioli, le nouveau Gordelfestival ne convainc finalement aucune des communautés. Les néerlandophones désapprouvent la forte dépolitisation de l’événement. Quant aux francophones, ils dénoncent des opérations de manipulations et de dissimulations d’intérêts communautaires. Les évolutions de l’événement ont renforcé, plus encore, les suspicions de ces spectateurs francophones contraints. Désormais, ce sont donc paradoxalement les francophones qui, par l’organisation de « contre-événements » et par leur opposition mentale à cette manifestation, contribuent le plus à renforcer « l’effet-frontière » du Gordelfestival.


Clotilde Bonfiglioli, « La course de vélo du Gordel autour de Bruxelles-Capitale : matérialisation d’une frontière communautaire ? », Belgeo [En ligne], 2 | 2015, mis en ligne le 30 juin 2015. http://belgeo.revues.org/16508